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  Roland Fischer : Camino   Camino Home

On se souviendra des premières uvres de la série Cathedrals, composées à partir de prises de vue intérieures et extérieures de chefs d'uvres de l'architecture gothique européenne. Le style gothique, caractérisé par la projection de la structure interne de l'édifice sur sa façade, se prêtait idéalement au procédé de superposition conçu par l'artiste. Les images résultant de cette opération donnaient naissance à un espace fictif, mais reposant toutefois sur la transposition visuelle et littérale d'un concept. Dans le cas des uvres réalisées l'an passé pour le Centro Galego de Arte Contemporánea et dont la galerie Sollertis présente une sélection, les particularités architecturales des édifices de la route du pélerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle ont incité l'artiste à prendre une nouvelle direction. Les églises et cathédrales photographiées ici ne brillent certes pas par la pureté de leur style : la plupart du temps, il s'agit d'édifices maintes fois remaniés, au gré des modes, des influences du moment et de la fantaisie des décideurs locaux, et il en résulte des entités architecturales extrêmement composites (un intérieur roman, un autel baroque, une façade néo-classique ou pseudo-gothique, très souvent). Les uvres de Roland Fischer semblent ainsi s'approprier la liberté avec laquelle les édifices furent arbitrairement restructurés par ces interventions successives : ici, l'exubérance de l'ornement qui vient recouvrir la structure tient le premier rôle, se pare de couleurs artificielles, et la symétrie rassurante qui caractérisait les premières uvres fait place à des compositions à l'équilibre précaire. L'oeuvre, comme l'édifice qui en est l'objet, se développe à l'image d'un organisme vivant en proie à une mutation permanente, et rien ne semble jamais acquis. On est bien loin, en effet, de ces cathédrales à jamais figées et maintenues tant bien que mal dans un état d'origine supposé, défiant les lois du temps qui passe et de l'évolution naturelle.
Outre cette nouvelle série de Cathédrales, Fischer réalisa une grande composition constituée de 1050 portraits individuels de pélerins photographiés au moment de leur arrivée à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, au terme souvent d'un voyage de plusieurs semaines. Que l'on partage ou non la foi de ces individus n'est pas la question. Fischer lui-même n'est pas tant préoccupé par le fait religieux que par une interrogation : comment s'articulent l'individuel et le collectif ? Il réalisa ses premiers Collective Portraits en Chine, au tournant de la décennie, intrigué par certains aspects de cette culture où cohabitent une conception traditionnelle conférant à la notion d'individualité une importance capitale, et une structuration très forte de la société par les préceptes de l'idéologie communiste. Les pélerins, qui cheminent la plupart du temps en groupe, ont en commun la poursuite d'un même but : arriver au terme du voyage. Pourtant, l'expérience du pélerinage demeure irrémédiablement personnelle, et chacun mène sa quête dans la solitude. L'uvre nous renvoie enfin à nous-même, et à certains de ces paradoxes auxquels on apprend à faire face.

Le projet Camino a été exposé au Centro Galego de Arte Contemporánea de Saint-Jacques-de-Compostelle l'an passé, puis a fait l'objet d'une tournée en Espagne et en Allemagne, et d'une exposition new yorkaise. La Pinakotheke der Modern de Munich a consacré en 2003 une rétrospective à l'uvre de Roland Fischer.
 

 

Pilgrims (détail), c-print diasec, 172 x 600 cm, 2003