Galerie Sollertis

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Alain Josseau

WTC 11/09/2001 - 11/09/2002

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À propos des images de 11 septembre 2001

L'image qu'on le veuille ou non est notre scène primitive, notre interface archétypale avec le réel.

Ainsi à la différence de la guerre des Malouines et de son obscurantisme politique, à la différence de la guerre du Golfe et de son obscurité télévisuelle dû à la censure militaire (image nocturne) ou encore de la guerre d'Afghanistan et l'invisibilité de son territoire (tout cela n'étant que le prolongement logique de la censure des images débuté pendant la guerre de Vietnam). Le 11 Septembre 2001, l'image nous a pris de cours et de vitesse. L'image a pris de cours toute censure en s'affichant en temps réel sur les téléviseurs du monde entier. La fascination de l'attentat, que tout un chacun a pu connaître c'est d'abord et avant tout la fascination de l'image, dans un flux fragmenté et ininterrompu, vues sous tous les angles, sous toutes les coutures, IRM de l'événement, comme si finalement dans une sorte de défouloir général les images avaient décidé de libérer l'ensemble de leurs énergies visuelles.

Il persiste cependant quelque chose de l'ordre du cinématographique dans celles-ci, dans l'évidente référence au cinéma catastrophe, bien sûr, mais aussi dans leurs modes d'apparition, dans leurs montages : cut, répétition, contrechamps, zoom, travellingUn cinéma en direct où soudainement chacun des cameramen indépendants se faisait réalisateur, ou bien plutôt comme si devenant l'unique signe de la réalité, les images se mettaient à s'auto-reproduire sans relâche, sans retenu

Y aurait-il de l'opportunisme à les peindre (ces images)?, je ne le crois pas.
Cette série est d'une part, un prolongement évident de mes séries précédentes sur la problématique de l'image - média, de ces problèmes de définition et de ces modes de représentation (série des " Blow up ", de l'assassinat de Kennedy, ou encore des images de guerre) Et d'autre part elle en propose une autre définition, une autre dimension. C'est-à-dire que soudainement ces images se retrouvent figées en basculant d'un médium à l'autre. Ce ralentissement forcé, cette fixité est comme un pied de nez a l'accélération ambiante, il oblige à une lecture syncrétique des images, à une concentration accrue sur l'objet.
Peindre des grands formats est du même ordre, habitués que nous sommes, à la masse proliférante et endémique des images photographiques de petit format, l'accès à la réalité se fait la plupart du temps par une petite lucarne et non par de grand panoramique. Réaliser des images peintes d'un tel événement, ce n'est pas faire une photographie qui fige, c'est bien plutôt effectuer un ralentissement, un freinage de l'action, c'est créer une suspension de l'acte dans l'air, c'est comme concentrer une formidable énergie au ralenti avant l'explosion - la courbe asymptotique, le paradoxe de Zénon comme une métaphore de l'acte de peindre : s'approcher toujours sans jamais atteindre.
Multiplier les angles, les points de vue pour déceler quelque chose de la réalité, mais la réalité est une image et donc un tronçon plus ou moins fidèle. L'artificialité de la peinture en soi est peut-être plus proche de ce type d'événement que n'importe quel autre médium. Peindre c'est démonter la machine optique.
En quoi la vidéo et la photographie seraient-elles plus proche de " la réalité ", d'une certaine réalité ? En rien, si ce n'est qu'elles sont l'enregistrement de l'information photonique directe de l'objet et que la peinture en un sens est un différé photonique de la réalité.

A.Josseau--juin 2002

 9/11 imagery

Like it or not, the image is our primal stage, our archetypal interface with the real.

So unlike the Falklands War and its political obscurantism, unlike the Gulf War and its televised obscureness due to military censorship (night imagery), and unlike the Afghan War and the invisibility of its territory (all these being merely the logical extension of the image censorship which was ushered in during the Vietnam War), here the image caught us napping. The image caught all manner of censorship napping by being displayed in real time on TV screens the world over. The fascination with the attack, which everybody experienced, is first and foremost a fascination with the image--fragmented, uninterrupted flow of images, seen from every conceivable angle, the MRI of the event, as if, in the end of the day, in a kind of general letting-off of steam, the images had decided to free up all their visual energy.

Yet something filmic persists in these images, with obvious reference, needless to add, to disaster movies, but also in the way they appear, and the way they are edited: cut, repetition, reverse angle, zoom, tracking shot... a live film where, all of a sudden, each one of the independent cameramen turned into a director, or rather as if, by becoming like the sole sign of reality, the images started to self-reproduce, over and over again, no holds barred...

Is there perhaps a dash of opportunism about painting these images? I don't think so.
On the one hand, this serie is an obvious extension of my previous series about the problems of the media image, about the problems of definition and methods of representation ("Blow up" series, Kennedy assassination, war imagery...) and on the other hand it proposes another definition thereof, another dimension. Otherwise put, all of a sudden these images are frozen by switching from one medium to another. This forced deceleration and this fixedness are like cocking a snook at ambient acceleration; they call for a syncretic reading of the images and a greater concentration on the object.
Painting in large formats is similar, accustomed as we are to the proliferating and endemic mass of small format photographic pictures. Access to reality occurs most of the time by way of a small skylight and not through some sweeping wide-angle. Producing painted images of such an event is not producing a photograph that is frozen or still. Rather, it is like making a deceleration, braking the action, creating a suspension of the act in mid-air; it is like concentrating tremendous energy in slow motion prior to the explosion--the asymptotic curve, Zeno's paradox, like a metaphor of the act of painting. Getting close, but never actually reaching...
Increasing the number of angles and viewpoints to unveil something of reality, but reality is an image and thus a more or less faithful sliver. The artificiality of the painting per se is possibly closer to this type of event than any other medium. Painting is dismantling the optical machine.
How might video and photography be closer to "reality", a certain reality? No way, unless they are the recording of the live photonic information of the object, and painting, in a sense, is a photonic recording of reality.

A. Josseau--June 2002