Le corps, le fragment, le
découpage, l’assemblage sont au cœur du travail de
Madeleine Berkhemer quelles que soient les disciplines
envisagées. L’artiste s’attache souvent aux jambes
féminines gainées de collants, cet accessoire qui a
désormais remplacé l’objet du fantasme
numéro un chez les hommes : le porte-jarretelles. Que ce soit
pour son défilé de fin d’études, ses
photographies ou ses installations, le collant se fait matériau
de création. Il peut devenir l’écrin raffiné
d’un buste, d’une jambe ou d’objets
hétéroclites, couvrir la peau ou au contraire envahir
l’espace tel un fantasque mobile. Mais il renvoie toujours au
corps comme lieu de passage. De l’interne à
l’externe, du désir au dégoût, la
frontière est mince et l’artiste se plaît à
déjouer les attentes et à contraindre le regard. Ses
œuvres provoquent souvent chez le spectateur une
hésitation entre gêne et fascination. « Un art sans
connotation sexuelle n’a pas de raison d’exister. Je
travaille à partir de nombreux sujets qui
m’intéressent, donc mes œuvres doivent taquiner,
plaire et faire souffrir, et arriver aussi à ce que le
spectateur se sente coupable ! » Madeleine Berkhemer utilise
aujourd’hui le petit cube de la boîte de collant comme
support pour ses dessins. Elle explore toujours l’image du corps,
un corps décomposé dont les différentes parties
créent de nouvelles formes et où le visage reste
singulièrement absent. Le thème de la jambe revient
beaucoup : jambes dénudées, jambes
démultipliées et évidemment jambes recouvertes de
collants. Sur ces assemblages de membres s’incrustent quelques
perles et pierreries qui attirent le regard là où nous
préférerions le détourner. Jambes, collants et
bijoux s’unissent en l’évocation de la
sensualité et du luxe, interrogeant le voyeurisme au masculin et
ses cristallisations et contrastant singulièrement avec la
fragilité et l’indigence du matériau
employé. C’est dans cet intervalle entre érotisme
et voyeurisme, préciosité et trivialité que
Madeleine Berkhemer nous convie dans l’exploration des obsessions
contemporaines.
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