Pierre Molinier sol  

Madeleine Berkhemer






«Notre mission sur Terre est de transformer le monde en immense bordel»
Peintre, photographe, fétichiste de la jambe et du talon aiguille, volontairement provocateur, mais véritablement singulier,
Pierre Molinier s’est créé un univers dont il est le grand chaman. Un monde de velours noirs, de lourdes tentures et de
miroirs dans lesquels se reflètent ses créatures et ses fantasmes. Né avec le siècle, il en aura très tôt exploré les mutations
et obsessions fondamentales. Ses tableaux figurent des étreintes contre nature, des enroulements lascifs de succubes pourvus
de sexes masculins et des scènes de fellations entre vouivres. Ses photographies subliment ses perversions et exhibent son
narcissisme dans des scènes fantasmatiques et onanistes. L’artiste fétichise le corps en même temps qu’il l’explore. Il fait de
lui son modèle de prédilection à travers des représentations érotiques sondant les frontières qui séparent l’homme et la
femme, renouant ainsi avec les mythes anciens. Pierre Molinier sème le doute. Son œuvre est faite du passage des genres, et
surtout de leur confusion : du masculin au féminin, du féminin au masculin, et de moments où les deux sexes ne se
distinguent plus et se fondent en un troisième. L’érotisme devient sacré, inquiétant et fascinant. À l’image de sa mort, l’art
devient rituel et médium par lequel le corps humain se remodèle et se transcende. Si le corps est depuis longtemps contredit
et bouleversé par les artistes, Molinier ouvre, dès les années 1950, une brèche délibérément plus radicale qui marquera
durablement la manière d’envisager le corps humain à travers toutes les disciplines. Entre magie et érotisme, l’œuvre de
Pierre Molinier incarne un amour fou envers une beauté convulsive et surréaliste. Au-delà de ses idiosyncrasies
scandaleuses et déroutantes, Molinier demeure un génie incongru et un grand magicien de la chambre noire.

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