Morgane
Tschiember
'The sound of paradise'
“La galerie est ce lieu
neutralisé, hors du temps et de l’espace, Paradis du
paradigme des formes. Après-histoire, le voyage (ici le
road-movie) commence lorsque l’on s’arrête quelque
part” *
Ici, le white cube, fond blanc de trois dimension, monochrome
ready-made, est une zone désertique où ça et
là reposent les pièces, liées entre elles par
l’espace qui les sépare, espace vierge de sens,
“trou blanc”*.
Il y aurait quelque chose à comprendre théoriquement.
Rien, en réalité, de narratif, en dépit de la
cohérence énigmatique des oeuvres
présentées. Il ne s’agit pas à proprement
parlé d’une installation, car chacune des pièce
est, en quelque sorte, célibataire. Mais ce célibat,
forcé ou révélé par l’espace
d’exposition, rélève du témoignage
d’une alliance mythique. L’exposition de ces pièces,
connexes à travers l’espace même qui les
déconnecte, nous incite à comprendre l’idée
du rapport, plutôt que des rapports en particulier.
Le monde de cette exposition consiste en la collection ambigüe de
solitudes et de concordances, à la manière dont subsiste
dans nos mémoires le monde que nous avons croisé.
Les pièces : au repos, et pourtant actives. Comme toujours
avec Morgane Tschiember, rien ne semble pouvoir muséifier la
chose produite. Il ne s’agit pas tant
d’éléments figés de souvenirs ou de
perception, qui auraient été laissés gisants ici
et là, mais plutôt l’expression de leur
présence, cette vigueur, la violence de l’apparaître
qui se détourne du néant ou de l’oubli pour
s’imposer à notre rencontre.
S’il souffle dans cette exposition un léger vent
intersidéral, l’impression d’une respiration
cosmique, c’est que l’artiste s’est engouffrée
dans l’étrange rapport qui s’instaure entre la
façon dont le réel s’est investi en elle, et le
monde réel qu’elle a choisi d’investir.
Si le white cube est souvent évoqué pour être
critiqué en tant qu’espace idéologique, dont la
neutralité n’est qu’une construction culturelle, il
semblerait que Morgane Tschiember, au contraire, lui soit
reconnaissante d’être cela. Car l’idéologie
dont il semble relever est aussi la garantie d’une seconde nature
dans laquelle l’artiste à tout loisir d’explorer,
boussole en main, ce qui la lie au monde et là où elle
s’en délie, ce qui la consitue dans ses rapports et son
unicité.
La métaphore filée et sous jacente du désert et du
road movie, qui fait osciller l’exposition à haute
fréquence entre le chaud et le froid, exalte encore la
résolution du paradigme qui semble oppposer l’abstraction
monochromatique à l’actualisation du vivant : c’est
toujours cette résolution que Morgane propose d’explorer
dans ses oeuvres, et plus généralement, dans ses
expositions.
F.Michel.
*Morgane Tschiember, Interview.
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